Pierre Scordia

Il est clair que Nantes et la Loire-Atlantique sont bretonnes, tout autant que Rennes et l’Ille-et-Vilaine. L’identité bretonne ne repose pas que sur la langue. Elle est multiple. Les langues gallo et française font partie intégrante de cette identité. Il semble que la réunification soit un difficile et long chemin pour l’administration centrale. De nombreux hommes politiques bretons au pouvoir ont comme mantra : « Paris vaut bien une amputation de la Bretagne ». Jean-Yves Le Drian, Richard Ferrand et François de Rugy n’ont pas levé le petit doigt pour aider leur région à recouvrer son intégralité historique, géographique et culturelle.

Il est regrettable que l’absurdité politique et le gâchis administratif règnent en Pays-de-Loire. Il semble que l’essence même de cette région est l’anéantissement du fait breton en Loire-Atlantique alors que l’administration promeut l’identité vendéenne et angevine : sur l’autoroute A11 vous voyez un grand panneau lorsque vous arrivez dans le Maine et Loire, « bienvenue dans le Val-de-Loire, patrimoine mondial de l’Unesco ». Quand vous franchissez la Loire-Atlantique, aucune référence historique, seul un panneau indique l’aire de repos « Pays de la Loire » près d’Ancenis ; l’assoupissement est recommandé.

Les médias y souscrivent, vous prenez une photo au Croisic et à Montoir de Bretagne et vous avez immédiatement en intitulé « Le Croisic, Pays de la Loire », « Montoir de Bretagne, Pays de la Loire ». Vous regardez M6 et on vous parle d’un lieu en Pays de Loire alors qu’on s’abstient de cette dénomination régionale quand il s’agit de la Vendée à la télé.

Ce qui m’a surpris le plus à Nantes et à St-Nazaire, ce sont les nombreux drapeaux bretons lors des manifestations des Gilets Jaunes et dans les tribunes lors des rencontres sportives. On a l’impression d’un clivage « peuple / élite », une partie de l’élite nantaise nie le fait breton alors que le petit peuple du département est fier de son identité bretonne. Revendiquer une Bretagne à cinq serait un comportement ringard, passéiste ; le détestable repli sur soi doit être banni. Mais si l’on se fie aux dernières études de 2019 à ce sujet, la grande majorité des habitants des cinq départements ne l’entendent pas ainsi. Et la population est assez intelligente pour connaître son histoire et savoir qu’une Bretagne à cinq servirait les intérêts économiques de la région. Jean-Marc Ayrault, Roselyne Bachelot, François Fillon et Christelle Morançais, ces recalés de la politique ont encore quelques munitions.

Il est probable que la réunification viendra quand les élus de la région Bretagne seront plus téméraires, par exemple en publiant des cartes à cinq départements ou en dénonçant le tour de passe-passe anti-démocratique de Philippe Grosvalet, président du conseil général de Loire-Atlantique. Seront-ils capables de s’opposer à la hiérarchie de notre système pyramidal au sujet de la réunification ? Ne vous attendez pas à ce qu’une presse régionale dépendante des subventions étatiques s’en mêle pour que les lignes bougent.

Des actions privées comme l’association « Produit en Bretagne » ou « météo Bretagne » (meteo.bzh) et des initiatives municipales comme les souhaits des conseils municipaux de Guérande et de Saint-Nazaire d’obtenir un référendum sur la question sont des avancées. Mais c’est surtout en sanctionnant par le vote aux municipales et régionales que la question de la réunification deviendra une priorité. `

Si le gouvernement ne peut changer un découpage administratif arbitraire alors comment pourrait-il réformer en profondeur le pays ? S’il ne peut répondre à une pétition de 105.000 signatures en Loire-Atlantique, alors comment pourrait-il apporter un nouveau souffle à la vie démocratique du pays ?

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Un Québec redécoupé à la française

Les régions cardinales et l’imposture des Pays-de-la-Loire