Pierre-Emmanuel Marais – Conseiller municipal et communautaire Nantes – Union démocratique bretonne.

Né à Nantes, je me suis intéressé à la question de la réunification de la Bretagne lorsque je suis parti vivre à Montpellier pour mes études puis à Blois à l’occasion de ma première expérience professionnelle. C’est en quittant Nantes que j’ai ressenti le besoin de savoir, cette question de l’identité de notre territoire me renvoyait à ma propre identité. 

Années après années, les manifestations se sont succèdées, certaines massives comme en 2014 où près de 40 000 personnes venu-es- des cinq départements bretons, s’étaient rassemblées à Nantes. Depuis, la mobilisation des militant-e-s de Bretagne réunie pour obtenir 105 000 signatures demandant une consultation des habitants de Loire-Atlantique a montré que nous étions nombreux face au dilemme mis en avant par Morvan Lebesque : la découverte ou l’ignorance ? 

Aujourd’hui, la mobilisation ne faiblit pas mais elle semble évoluer dans un contexte plus apaisé et un espace institutionnel en pleine mutation. La mondialisation libérale remet au centre du jeu les solidarités locales tandis que le fait métropolitain s’impose de plus en plus dans une opposition au fait régional. Au-delà de la réunification administrative de la Bretagne, à l’UDB nous pensons que c’est d’un droit à l’expérimentation institutionnel dont nous avons besoin via une Assemblée de Bretagne incluant les 5 départements bretons et la Région administrative. 

Il nous faut ainsi imaginer ce que pourrait être la Bretagne demain, un territoire de lutte contre les inégalités, un territoire de politiques publiques au plus près des enjeux bretons (éducation, maritime, agriculture…), un territoire s’appuyant sur une longue histoire, et des langues qui nous aspirent vers des rêves d’outre-manche.

Mais imaginer une Bretagne réunifiée n’est pas qu’une affaire d’institutions. Il s’agit de faire coïncider un territoire vécu à une réalité administrative. Il s’agit aussi de faire connaître et reconnaître ce qui fait qu’aujourd’hui Nantes est toujours en Bretagne. Le sentiment d’appartenance reste fort. Les associations culturelles sont nombreuses et dynamiques. Les bagads de Loire-Atlantique portent haut la musique bretonne ici et ailleurs. Les liens avec les autres territoires bretons perdurent. Les écoles bilingues se développent. 

Enfin, imaginer une Bretagne réunifiée, c’est redonner ses lettres d’or à la démocratie. Le livre de Morvan Lebesque “Comment peut-on être breton ?” a comme sous-titre : “Essai sur la démocratie française”. La réunification administrative de la Bretagne est avant tout une demande légitime et démocratique, une démarche civique de reconnaissance des territoires divers qui composent l’Europe. Reconnaître aux bretonnes et bretons le droit démocratique à la réunification administrative de leur territoire, c’est en finir avec la doxa jacobine qui maintient les territoires hors Île-de-France sous dépendance, les nommant – comble du cynisme – en référence à des points cardinaux ramenant au centre dominant.

Se battre pour une Bretagne réunifiée, c’est être en phase avec la devise européenne : Unis dans la diversité. 

Breizh unvan da viken !