Martial Catherine

Le phare de l’île de Groix, distant d’environ 50 km de la cour d’école d’une commune du Centre Bretagne, balayait le ciel dès la nuit tombée, par temps clair. C’est peut-être ce qui m’a attiré à Nantes (au passé maritime breton si prestigieux), puis à l’Institut Scientifiques et Techniques des Pêches Maritimes, devenu plus tard l’un des centres de l’Institut Français d’Exploitation de la Mer (IFREMER).

Si l’on observe une carte de France, l’unité de la péninsule maritime bretonne apparaît de toute évidence, nul besoin d’être géographe ! Faut-il être aveugle comme nos élites pour ne pas le voir ?

Avec un tiers du linéaire des côtes françaises, la Bretagne et la mer ont une très longue histoire économique. Étant de très loin la première région maritime de France, elle dispose aujourd’hui d’un potentiel exceptionnel pour son avenir. En effet, premier pôle européen de recherche sur la mer, la Bretagne regroupe la moitié des chercheurs et scientifiques français travaillant sur ce secteur hautement stratégique. Les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, qui construisent les plus grands et les plus modernes paquebots de croisière, se positionnent actuellement comme un leader mondial dans le développement de technologies de nouvelle génération.

Par ailleurs, 20 % du trafic maritime mondial des marchandises passent près des côtes bretonnes en les contournant, y compris les marchandises destinées à la région. Celles-ci sont débarquées à Anvers (223,6 millions tonnes) ou Rotterdam (467,3 millions tonnes), de fait 1er port breton, bien loin devant Montoir de Bretagne (15 millions tonnes). Ensuite, ces marchandises rejoignent la Bretagne par camion, pénalisant ainsi toute la moitié Ouest de la France. Au total avec Montoir de Bretagne, le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire atteint 30 millions tonnes, bien loin devant Brest (2,8 millions tonnes) . Aujourd’hui, 95 % du trafic mondial de marchandises se fait par voie maritime et la république d’Irlande, dont la population est identique à celle de la Bretagne (4,8 d’habitants avec la Loire-Atlantique) a vu son trafic doubler en 10 ans pour atteindre 55 millions tonnes en 2018, bien que nettement moins bien placée géographiquement.

Il est temps de faire de la Bretagne le pilote de l’innovation maritime (navires du futur, propulsion vélique, hydroliennes et éoliennes flottantes). En effet, la France dispose avec 11 millions de km2 de surfaces maritimes, d’un immense champ expérimental particulièrement varié à travers les océans du globe, la plaçant au 2ème rang mondial. Cependant ses choix politiques et économiques sont bien souvent sans rapport avec cette situation idéale.

A l’échelle mondiale, la plupart des péninsules maritimes connaissent aujourd’hui un développement exceptionnel, mais la Bretagne, malgré la puissance de ses activités de recherche, n’a pas su établir de réelles stratégies et synergies permettant de valoriser son potentiel exceptionnel.

Notons, que les ports normands (Le Havre et Rouen) et de l’Ile de France (Paris) ont su établir en 2012 une convention de partenariat dans le GIE HAROPA pour mieux gérer leurs activités portuaires et les développements à venir. Pour quelles raisons ce qui est possible entre les ports maritimes normands et le port autonome fluvial de Paris ne le serait pas en Bretagne ?

Puisqu’il s’agit des élections municipales de mars 2020, il est bon de rappeler que Rotterdam (10ème port mondial en 2018 avec 467,3 millions tonnes) a eu une gestion purement municipale jusqu’en 2004, date à laquelle l’autorité municipale de gestion du port a été transformée en société anonyme par ses deux actionnaires : la municipalité de Rotterdam à 70,8 % et l’État néerlandais à 29,2 % ! C’est dire l’implication et le savoir-faire des autorités municipales de cette ville dans le développement économique à l’échelle d’un pays tel que les Pays-Bas.

Il manque véritablement à la Bretagne une stratégie globale qui maille toutes ses activités maritimes avec l’intégration de la Loire-Atlantique et le port de Nantes Saint-Nazaire à ce dispositif pour travailler ensemble et préparer son avenir. Il s’agit, dans un premier temps :

  • d’associer l’ensemble des ports bretons dans une convention de partenariat pour une offre cohérente limitant les blocages actuels et le poids de certains lobbys,
  • de donner à la Bretagne la place de choix qui lui revient dans le monde maritime.

Refuser de voter une loi permettant d’aller vers la généralisation de l’enseignement des langues régionales, dont le Breton et le Gallo, comme viennent de le faire les députés bretons, et refuser de se prononcer en faveur de la réunification de la Bretagne c’est tout simplement condamner l’avenir économique de la Bretagne du XXIème siècle. Ce n’est pas ce que veulent les habitants des cinq départements bretons !