Katell Leon

Petite, je n’ai pas eu besoin d’apprendre que la Loire-Atlantique est une partie de la Bretagne, c’est quelque chose que j’ai hérité de ma famille et heureusement qu’elle me l’a transmis, car ce n’est pas l’école qui me l’aurait appris. Cette connaissance culturelle m’a été fournie avec le pack éducation. Depuis que je suis née, j’ai toujours participé aux manifestations en faveur de la réunification, mes enfants aujourd’hui le font aussi. Mais j’aimerais tant avoir autre chose à leur proposer de vivre désormais, pour faire vivre notre culture et notre langue.

Les habitants de Loire-Atlantique qui portent la culture bretonne ont beaucoup d’énergie et d’imagination, c’est peu de le dire ; ils font et créent avec talent, acharnement et souvent peu de moyens.

Kentelioù an Noz a été à la pointe de l’innovation dans les années 2000 avec la création d’ateliers multi-thématiques pour les adultes apprenant le breton. Ses idées ont été reprises ailleurs en Bretagne, ce qui a amélioré la diversité des propositions et donné un supplément d’attractivité aux traditionnels cours du soir.

Le Centre Culturel breton Yezhoù ha Sevenadur est aujourd’hui un modèle de coopération culturelle pour l’ensemble de la Bretagne.

La micro-crèche Youn ha Solena, projet lancé dès 2013 et qui a ouvert en 2017 est le deuxième établissement d’accueil du jeune enfant immersif en breton de Bretagne après celui de Vannes ouvert en 2011. C’est un modèle que nous allons proposer sur d’autres communes de Loire-Atlantique.

Toutes ces initiatives pertinentes, enthousiasmantes et créatives, cachent pourtant une réalité : nos efforts, même magnifiques, même créateurs d’emploi et de lien social, restent trop peu soutenus et relayés et se diluent dans notre territoire et dans cette grande ville qu’est Nantes.

Combien de fois ai-je entendu des gens s’exclamer qu’ils ne savaient pas que des écoles en breton existent sur notre territoire alors que j’ai moi-même fréquenté l’école Diwan de Nantes dès les années 1980 ? Cela montre bien que malgré nos talents et nos réussites, nos efforts restent encore trop peu visibles.

Souvent j’entends des personnes me demander « ce que ça change au fond ». Ils me disent : « après tout, tu peux vivre ta culture ici, tu élèves tes enfants en breton, tu fais des projets associatifs qui te ressemblent, tu exerces un métier qui a du sens par rapport à ton engagement ».

Alors évidemment oui.

Oui, mais… Ce qui change, c’est l’échelle sur laquelle on travaille et la capacité d’action, d’envergure qu’on trouve. Retrouver notre place au sein de la Bretagne changera absolument TOUT : la reconnaissance, la légitimité, l’efficacité, et surtout nous permettra l’accès aux mêmes aides publiques que nos partenaires du monde culturel et linguistique.

La Réunification permettra d’augmenter à 200 % le développement de nouvelles écoles en langue bretonne sur notre territoire, dont l’essor est gravement entravé par un traitement discriminatoire des établissements de Loire-Atlantique. En effet, l’Académie de Nantes, à rebours de la loi de Refondation de L’École, ne traite pas du tout de la même manière des projets de filières bilingues que l’Académie de Rennes. Quand on obtient l’ouverture d’une filière ici, cela signifie que 7 ou 8 projets ont été détruits auparavant par l’institution.

Aussi, changeons de braquet et passons à l’échelon supérieur, œuvrons pour la vie de notre culture, travaillons sur le lien, sur le sens, sur les valeurs qu’elle incarne.

La Loire-Atlantique doit être un lieu pour la culture, la création, l’apprentissage, la pratique du breton, l’art. Tous les éléments sont en place. Les acteurs ont du talent à revendre. La Réunification, si juste, nous permettra d’appuyer sur l’accélérateur et de faire vivre notre culture avec force, générosité et cœur.