Jean-Yves Radigois, Nantais et chercheur

Pourquoi détruire plus d’un millénaire commun de vie sociale, économique, culturelle, historique  et mullilingue au sein de la Bretagne historique ?

C’est l’une de mes grand-mères, commerçante à Pornic, d’une famille originaire du pays de Retz depuis 1660, qui m’a chanté une première laridé moitié en breton, moitié en français. Elle m’a légué l’ouvrage qui lui avait été donné en 1902 pour apprendre le breton !

Les deux pays européens monolingues (France et Grèce) qui minorisent* les langues et les cultures de « la province », ont les plus mauvais résultats des apprentissages d’autres langues. La multi culturalité enrichit. L’enfant découvre d’autres sons, d’autres musicalités linguistiques. Il explore d’autres manières de concevoir et de regarder le monde….

Avant la Révolution, les registres « d’état civil » (BMS) des communes nantaises étaient estampillés « Bretagne ». Enfants, en visitant le château des ducs de Bretagne, en leur ville maritime, nous écoutions le guide imitant Henri IV entrant au château : « Ventre-Saint-Gris, c’est Messieurs les Ducs de Bretagne ne sont de petits compagnons ». Désormais ce château, devient celui de Nantes et serait pour certains un château de la Loire. Nantes ne serait plus de Bretagne et la souveraine duchesse Anne n’aurait eu qu’un rôle d’épouse de deux rois de France, sans pouvoir politique. « L’enfer est privation d’histoire » disait Morvan Lebesque.

Nous sommes devenus des sots bretons, bref « à l’Ouest ».

À l’Ouest de quoi ? De Tours ? De Paris ? Même les cartes météo s’y perdent à la télévision! Pour avoir rencontré d’autres cultures, travaillé sur l’interculturalité hors de France, j’ai vite compris que dans le monde occidental, l’Ouest est inconnu et Bretagne est identifiée et reconnue. Elle devient même un excellent passeport.  

Il est temps de réparer cette absurdité technocratique de quelques années au regard de l’histoire. Notre culture est ouverte et accueillante, multiple et spécifique, aventureuse. Citoyen Français, je me sens d’abord Breton de Nantes et Européen. Il n’y a pas de contradiction. En breton « Patrie » se dit « Mammvro » (pays-mère) et notre hymne s’introduit par : « Ni Breizhiz a galon, karomp hor gwir vro… » (Nous Bretons de cœur, nous aimons notre vrai/juste pays… ».

Un proverbe dit : « ankouaat e hendadoù zo kement ha bezañ un stêr hep mammenn, ur wezenn hep gwrizioù (oublier ses ancêtres c’est être un ruisseau sans source, un arbre sans racine).

Puisse la sagesse revenir… Vite.

*Minoriser une culture ou une langue : actions volontaires pour en réduire son usage.