Bertrand Kérézéon

DES MUNICIPALES AUX ETATS GÉNÉRAUX DE LA BRETAGNE RÉUNIFIÉE – POUR EN FINIR ENFIN AVEC L’HÉRITAGE TERRITORIAL DE SERGE ANTOINE ?

Il est incroyable d’avoir encore à se battre en 2020 pour obtenir le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne. N’en doutons pas, la « question » de Nantes est cruciale à tous égards et, à l’occasion des Municipales, c’est bien là que pourraient poindre les meilleures possibilités d’avancées concrètes dans ce combat pluridécennal.

La Réunification : une idée qui a pourtant la simplicité des grandes évidences – simple ne voulant pas dire simpliste –, en faveur de laquelle tous les arguments ont été mobilisés, toutes les démonstrations déployées.

Pour basculer de facto dans une nouvelle donne, une synergie propre à emporter les logiques frileuses de la pensée unique, libérant énergies et potentialités, pour que la réalité institutionnelle « colle » enfin aux réalités du terrain, idéalement il « suffirait » (!!!) que, face aux Pays de la Loire, le bien tiède Conseil régional de Bretagne se montre enfin pugnace, sérieusement déterminé à « récupérer » la Loire-Atlantique, que le Conseil départemental de L-A adopte une dynamique proactive similaire et qu’enfin – cela au moins pourrait commencer dès mars – la maire de Nantes nouvellement élue ait ce qu’il faut de sens de l’Histoire et de hauteur politique pour un mandat véritablement historique, plutôt que de « seulement » gérer autant que faire se peut le métropolitain à tout crin, l’urbanistique, le sécuritaire, l’environnemental…

S’il n’a pas débouché sur la consultation attendue, le « pactole » des 105 000 signatures de Bretagne Réunie n’est pas passé inaperçu… Pour s’en tenir à ceux/celles qui cherchent à se faire (ré)élire, l’on relèvera de généreuses doses de « Breizhwashing » comme de « greenwashing ». A ce jeu, il y a des bilans décidément peu convaincants, voire des actes irrattrapables. Des Gwenn ha Du indésirables au fronton de mairies, comme un certain Ayraultport que d’aucuns voulaient imposer à toute force en pleine zone humide et bocagère…

Quoi qu’il en soit, quiconque douterait encore de la légitime pertinence de la lutte pour la Réunification et contre les ankyloses de l’Histoire doit se remémorer l’œuvre aussi artisanale qu’inventive de ce bon Serge Antoine qui, jeune énarque de 28 ans en 1956, eut quasiment carte blanche, à l’ère du Plan tout-puissant et des Régions de programme, pour concocter (avec force calques et l’aide de son épouse…) 21 nouvelles régions sans autre finalité qu’une meilleure gestion technocratique du pays par les ministères, sans consultation aucune des populations, orthodoxie jacobine oblige.

« Il sagissait simplement de permettre à l’Etat de réussir sa planification territoriale. Ma seule erreur a été de croire que je mettais en place un système évolutif. J’étais convaincu, naïvement, que l’on assisterait peu à peu à des fusions de régions. Hélas, j’attends encore. » Dixit en 2004 ce futur environnementaliste (naïf aussi de trop croire à cette fausse bonne idée des « grandes » régions…). Comment aurait-il pu penser à l’époque qu’il gravait autant dans le marbre institutionnel ses associations de départements souvent passablement arbitraires ?!

Voici donc bien la logique imparable qui, après Pétain, scella le sort d’une région Bretagne sans L-A : « Encore une région évidente. Sa situation de presqu’île la détachait dans tous les découpages administratifs. Quant au retour à la Bretagne « historique », la question ne s’est pas posée. Toutes les administrations détachaient la Loire-Atlantique des quatre autres départements bretons. On aurait pu se poser la question de son rattachement s’il s’était agit de créer des régions politiques, mais, encore une fois, il s’agissait simplement à l’époque d’un travail technique. »

Et s’agissant des Pays de la Loire : «Cela fait partie des cas difficiles. En observant les découpages administratifs, aucun tracé ne se dessinait clairement. Il était évident qu’il existait une région autour de Nantes, mais définir ses limites nétait pas aisé. J’ai hésité pendant un temps à y rattacher lIndre-et-Loire, avant dopter finalement pour la région Centre» [L’Express du 15/03/04]

Tout cela laisse pantois et permet d’arguer à bon droit que la réintégration se joua là à un cheveu, ou plutôt… à quelques calques. Si ce seul homme s’était autorisé à ajouter une pincée d’histoire et de politique à sa cuisine empirique très «  technocratisme triomphant », l’on n’en serait probablement plus depuis longtemps aux désastreux blocages découlant de ce lourd héritage. L’on connaît trop bien les occasions manquées qui se sont succédé, singulièrement dans la période récente. L’arrachement de la L-A n’en finit pas de laisser perdurer ses errements délétères. Aux habitants, électeurs et futurs élus du 44 de savoir imposer à chaque occasion le changement de cap déjà si largement présent dans les cœurs et les têtes !