Aurélien Pivault

Étudiant en histoire, je suis convaincu que cette discipline peut permettre aux citoyens de mieux comprendre le monde dans lequel ils évoluent. Le débat sur la question du rattachement de la Loire-Atlantique à la région Bretagne mérite ainsi d’être éclairé à la lumière du passé.

Les limites de la Bretagne n’ont pas bougées depuis le Moyen-Âge. Les limites orientales du duché de Bretagne correspondaient ainsi peu ou prou à celles des actuelles Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique. En créant les départements en 1789, les révolutionnaires ont ainsi respecté le découpage de l’ancienne province, en supprimant toutefois les institutions dont le ressort s’étendait sur les cinq départements – à l’exception de la cour d’appel, qui s’étend encore aujourd’hui jusqu’en Loire-Atlantique.

Ainsi, jusqu’à la création des préfectures de région puis des conseils régionaux au XXe siècle, il n’existait aucune institution supra-départementale bretonne en dehors de la justice. Est-ce pour autant que la Bretagne n’a pas existé pendant 150 ans ? Non, bien évidemment : la province de Bretagne a continué à correspondre à une réalité géographique et culturelle pour la population, même si elle n’existait plus au plan administratif. Du fait de cette inexistence administrative, on peut même se demander, de manière un peu provocatrice, si la mise à l’écart de la Loire-Atlantique lors de la mise en place du découpage régional actuel à partir des années 1960 constitue réellement un démembrement…

En effet, la Bretagne ne doit pas se réduire à une vision nostalgique d’un passé mythifié. La connaissance du passé permet d’ailleurs de relativiser certains combats militants. Il est par exemple légitime de s’interroger sur la pertinence de l’installation d’une signalétique bilingue dans les communes de l’est de la Bretagne où la population n’a jamais parlé breton, conduisant par ailleurs à invisibiliser la troisième langue de Bretagne, le gallo (pour en savoir plus).

Pour autant, la réunification de la Bretagne ne semble pas « un sujet dépassé » comme certains le disent. De nombreuses voix issues de tous les milieux – politiques, universitaires, artistiques, etc. – réclament aujourd’hui le retour de la Loire-Atlantique en Bretagne. De nombreux arguments, notamment économiques et démocratiques, pèsent en ce sens. La réforme des régions de 2015 et le contexte européen incitent à créer des grandes régions aux pouvoirs plus importants. La réussite de la réunification chez nos voisins normands pourrait sans doute inciter les pouvoirs publics à mettre fin au statu-quo à l’ouest, en achevant le nouveau découpage territorial via la réunification de la Loire-Atlantique avec la Bretagne, le retour de la Vendée dans le Poitou aquitain, et l’intégration du Maine-et-Loire, de la Mayenne et de la Sarthe dans un grand Val-de-Loire élargi au Maine et à l’Anjou.