Aurélien Boulé, Nantais

Hier était une belle journée.

Après des fêtes de fin d’année passées en Flandre, dans la région d’Anvers, chez ma belle-famille, j’ai pris l’avion très tôt pour revenir à Nantes. Après un atterrissage en douceur, le steward prend le micro et annonce : « Vous venez d’atterrir à Naoned, bienvenue en Bretagne Sud ». En passant dans le Hall 1 de l’aéroport, je constate qu’une marque de voiture fait la promotion d’un nouveau modèle. Celui-ci arbore des hermines ; et un slogan souhaite aux voyageurs la bienvenue en Bretagne. Ensuite, le taxi qui m’amène chez moi au lever du soleil passe par la Route de Pornic où je constate l’installation de nouvelles plaques d’entrée de ville bilingues : « Rezé / Reudied ». Après avoir déposé mes bagages à la maison, je prends mon vélo et roule le long des quais du Bas-Chantenay où j’observe les manœuvres d’amarrage d’un navire nommé « Sterenn ». Puis, je m’installe dans la nouvelle brasserie des Chantiers de l’Esclain, face à la Loire, pour boire un café et je découvre que leur bière brassée par leurs soins s’appelle la « Spered ». Des vieilles images des industries portuaires d’antan accrochées aux murs me rappellent que mes oncles travaillaient ici durement, aux chantiers Dubigeon, avec de nombreux collègues brittophones ; et que la langue bretonne était majoritairement parlée dans de nombreuses rues de cette commune annexée que l’on appelait autrefois « Chantenay la Rouge ».  A la sortie du site, j’observe une inscription fraîchement tagguée sur un mur en pierre : « Karout a ran ». Je reprends mon vélo et longe les quais en passant comme d’habitude devant « Krampouezh Naoned », le pont Anne de Bretagne, la « Tavarn Breizh » et « l’Agence Culturelle Bretonne » avant de rejoindre des amis dans un restaurant dont la porte d’entrée est désormais jouxtée d’une nouvelle plaque de rue bilingue « Place du Commerce / Plasenn ar C’henwerzh ». Nous échangeons sur nos vacances, nos projets ; et une amie nantaise expatriée en Suisse, elle-même d’origine malienne, nous explique qu’elle ne s’est jamais autant sentie bretonne depuis qu’elle a quitté la Cité des Ducs de Bretagne. Sous un soleil généreux teinté d’un froid glaçant, j’embrasse mes amis et remonte sur mon vélo à travers les ruelles du Bouffay et à proximité du château des Ducs de Bretagne, en direction d’une librairie seconde main, où je déniche avec plaisir un livre en breton, qui appartenait avant selon l’aimable vendeuse à des enfants scolarisés à Diwan. Je traverse à nouveau le centre-ville via la Place du Cirque, où le Gwenn-ha-Du flotte toujours au pied de la Tour Bretagne, avant de passer devant une nouvelle fresque dessinée sur un dos d’immeuble Rue Montaudouine par une agence nantaise à la mode : on y découvre dans un style proche de celui des « Seiz Breur » une Nantes stylisée et protéiforme agrémentée d’un drapeau breton. Puis, je remonte vers les Salons Mauduit, haut-lieu de la culture ouvrière et bretonne nantaise, afin de suivre comme chaque mardi mes cours de breton, avec l’association nantaise « Kentelioù an noz ». A la sortie, la nuit est tombée et un crachin embaume la Ville avec mystère.

Hier était une belle journée. Une journée où l’appartenance pleine et entière de Nantes à la Bretagne -dans ce qu’elle a de plus vivante et d’ouverte- ne faisait comme toujours aucun doute. Une journée où il ne manquait qu’une chose : la reconnaissance administrative de ce fait, à travers une Bretagne enfin réunifiée.